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L'Édito
Édito Alerte-Conso Publié le 2 septembre 2026

Toujours plus de rappels produits, vraiment ?

Si on écrit qu’il y a une soixantaine de rappels par semaine, ça fait son petit effet. Ajoutez une musique inquiétante, les soixante produits qui foncent vers la caméra et quelques mots alarmistes bien choisis, et hop, voilà votre message prêt pour les réseaux.

Alerte-Conso a bien recensé 3 143 rappels publiés en 2025, soit un peu plus de 60 par semaine, et ça paraît beaucoup, oui. Ça l’est sans doute d’ailleurs pour quiconque découvre les rappels via RappelConso, le site officiel. Mais ça reste insuffisant pour parler “d’explosion”, comme je peux le lire ou l’entendre souvent. Il faudrait pour ça regarder l’évolution dans le temps, voire même déterminer un critère qui permette de dire ce qui est explosif et ce qui ne l’est pas.

Faisons ça.

En 2022, Alerte-Conso a compté 3 198 rappels, 2 816 en 2023, 2 872 en 2024 et 3 143 en 2025. Le nombre a augmenté de 9,4 % entre 2024 et 2025, tout en restant légèrement inférieur à celui de 2022.

AnnéeRappels comptés
20223 198
20232 816
20242 872
20253 143
2026 en cours2 331

Ces quatre années complètes (2026 étant encore en cours) ne montrent donc ni explosion ni augmentation continue. Elles permettent au mieux de disposer d’un état des lieux, mais pas de tirer des conclusions… ni même de s’indigner si l’on veut rester objectif (j’y reviens plus bas).

Quatre années complètes… pas plus.

Je rappelle (haha) que RappelConso existe depuis avril 2021. À l’échelle d’une étude statistique, c’est encore très jeune. Ajoutons à cela que les données antérieures reprises par Alerte-Conso sont partielles, hétérogènes, et principalement issues de RAPEX (que l’on connait sous le nom de Safety Gate depuis 2018) pour les produits non alimentaires : elles ne peuvent pas servir de point de comparaison (mais elles existent alors je les partage :)).

Depuis 2021, on peut donc évidemment observer des variations et noter des ordres de grandeur, mais pas établir une tendance durable à la hausse ou à la baisse. D’abord parce que nous n’avons que quatre années pleines au compteur, et qu’en plus les conditions d’observation ont elles-mêmes changé en cours de route depuis le lancement de la plateforme officielle !

  1. À partir de 2025, les fiches provenant de Safety Gate prennent une place plus importante dans les données reprises par Alerte-Conso, ce qui, mathématiquement, change un peu les chiffres.

  2. Depuis le 1er janvier 2024, la sécurité sanitaire des aliments a été placée sous la responsabilité de la DGAL et la réforme correspondante indiquait vouloir aller vers “un accroissement de 80 % du nombre d’inspections dans les établissements de remise directe et de 10 % dans les établissements de fabrication de produits alimentaires”.

C’est un peu comme de vouloir juger de la qualité d’une piste de course pendant 5 ans et que l’on change de véhicule au bout de la 3ème année… La piste (les produits) ne change pas, mais le véhicule (les contrôles) oui. Allez tirer des conclusions avec ça…

Si on garde l’angle aiguisé de la critique, quand on lit “augmentation des inspections”, on peut être tenté de penser qu’il y a augmentation des rappels, non ? (même si on ne parle que de 10% dans les unités de production).

Ben même pas. Le premier bilan officiel réalisé après six mois fait état de contrôles en augmentation, mais encore nettement en dessous du programme. De son côté, le nombre de rappels comptés par Alerte-Conso est passé de 2 816 en 2023 à 2 872 en 2024. Pas d‘“explosion” ici non plus.

Et 2026, alors ?

Au 31 août, Alerte-Conso avait recensé 2 331 rappels depuis le début de l’année, contre 1 947 pendant la même période en 2025. Ça fait 384 fiches de plus, soit une hausse de 19,7 %…

…je suis à deux doigts de sortir le porte-voix et de crier au scandale.

Mais en regardant ce qui compose cette hausse, 294 de ces 384 rappels sont des fiches issues du système européen Safety Gate et reprises dans RappelConso. Si on se cantonne aux alertes non alimentaires hors Safety Gate, on compte 411 fiches en 2025 et 414 en 2026, soit seulement trois de plus. Pas dingue.

Je résume, parce que la phrase était un peu longue :

Fiches non alimentaires20252026Écart
RAPEX136430+294
Hors RAPEX411414+3
Total547844+297

Notez que ces 294 fiches de plus ne signifient pas que Safety Gate a publié davantage d’alertes, non non : le système européen en a même publié moins, 2 501 entre le 1er janvier et le 31 août 2026, contre 3 230 sur la même période en 2025.

Ce qui a changé, c’est le nombre d’alertes notifiées par la France elle-même : 440 alertes sur cette période en 2026, contre 257 en 2025, soit une hausse de 71 %. Un point de comparaison annuel existe aussi : le rapport officiel Safety Gate 2025 comptait 455 alertes notifiées par la France en 2025 contre 315 en 2024.

Bon, reste un détail, et pas un petit. Le périmètre des fiches Safety Gate reprises dans RappelConso n’a manifestement pas la même composition sur les deux périodes. Entre le 1er janvier et le 31 août 2025, 131 des 136 fiches RAPEX étaient classées dans l’automobile. Cinq seulement relevaient d’autres catégories. Sur la même période en 2026, on compte 216 fiches automobiles et 214 dans d’autres catégories.

Je n’ai trouvé aucune documentation officielle expliquant les critères de cette reprise ou signalant leur modification. Je peux donc constater que sa composition a changé, pas en expliquer la règle. La hausse des alertes notifiées par la France dans Safety Gate est un autre constat. Les deux évolutions sont visibles en même temps, mais rien ne permet d’établir un lien direct entre elles.

Interlude: toutes mes excuses pour ce long paragraphe sur Safety Gate, mais on ne peut pas ignorer cette source d’info quand elle commence à occuper autant de place dans les chiffres.

Pour ce qui est de l’alimentaire, entre 2025 et 2026 on passe (pour le moment) de 1 400 à 1 487 fiches. Sur les 87 rappels supplémentaires, 50 mentionnent la chaîne du froid. Si on retire les fiches “chaîne du froid” des deux années (9 en 2025, 59 en 2026 sur l’ensemble de la période janvier-août, dont 57 entre le 1er juin et le 28 août, reprises dans le tableau estival plus bas), on passe de 1 391 à 1 428 fiches, soit une augmentation de 37 fiches, 2,7 %.

Je ne retire pas ces rappels du comptage parce qu’ils dérangeraient ma démonstration. Ils ont été publiés et doivent être pris en compte. Mais si je veux comprendre pourquoi le total a augmenté, je dois regarder ce qu’ils concernent. En reprenant cette fois l’ensemble des rappels hors RAPEX et hors chaîne du froid (alimentaire et non-alimentaire confondus), on passe de 1 802 fiches en 2025 à 1 842 en 2026, soit 40 fiches de différence, 2,2 %.

Les 19,7 % existent donc bien dans le total. Ils ne racontent simplement pas une augmentation générale des rappels.

Je n’en conclus pas pour autant que 2026 finira au même niveau que les années précédentes. Les rappels alimentaires sont déjà 6,2 % plus nombreux qu’à la même date en 2025, et l’année peut donc finir au-dessus de 2025. Pour le moment, c’est un signal de hausse… Pas une explosion ;)

Le détour par la chaîne du froid

Fin août, j’ai vu passer sur les réseaux une présentation très alarmante de nombreux rappels pour rupture de la chaîne du froid.

C’est intéressant parce que des groupes de rappels pour la même raison gonflent les chiffres très vite (et c’est la raison pour laquelle je m’y suis attardé ci-dessus).

Bon, contexte saisonnier et canicule obligent, ces messages “sociaux” me semblaient être comme de s’émouvoir des bouchons aux départs de vacances alors j’ai regardé si nous avions des groupements de rappels publiés depuis le début du mois de juin, dont le motif officiel mentionnerait explicitement une rupture ou un non-respect de la chaîne du froid.

Bingo, le résultat semblait avoir tout ce qu’il fallait pour devenir spectaculaire.

Période du 1er juin au 28 aoûtFiches mentionnant la chaîne du froid
20221
20234
202422
20257
202657

Cinquante-sept fiches en 2026, contre sept pendant la même période en 2025. Il suffirait de s’arrêter là, d’allumer le gyrophare et de lever le porte-voix. Mais le 19 août, 37 fiches ont été publiées, dont 36 avec le même motif, le même magasin et la même période de commercialisation. Le lendemain, 13 fiches ont été publiées, dont 11 pour la même plateforme de distribution et la même période de vente.

Mince, on va éteindre le gyrophare parce que ces regroupements ne permettent pas de compter cinquante événements indépendants (c’est un petit nombre de problèmes qui a généré un grand nombre de rappels).

Cela dit, on l’a peut-être ici l’explosion, mais c’est peut-être bien celle d’un frigo… Pas grave, indignons-nous quand même un peu (et oublions par la même occasion que le principe du rappel de produit est de signaler les problèmes).

Attention, je ne cautionne pas un manquement dans le respect de la chaîne du froid, je n’adhère juste pas à l’idée du Name and Shame qui accuse plus qu’il n’informe, comme on peut le trouver sur certains posts.

Compter les rappels ne mesure pas le danger

Une rupture de la chaîne du froid signale qu’une condition de conservation n’a pas été garantie, alors qu’une fiche indiquant la présence de Listeria ou de Salmonella rapporte un résultat d’analyse…et un danger identifié.

Et si on veut garder la tête froide (c’est de saison), un allergène absent de l’étiquette, un jouet présentant un risque d’étouffement et un appareil électrique susceptible de surchauffer augmentent le même total : celui qui fait hérisser le poil, les chiffres que je listais au début de ce billet, les quelques 3 000 rappels par an.

Et une fois la tête froide, rappelons-nous que si tous les rappels doivent être publiés (et lus ;)), leur addition mesure l’activité de publication de RappelConso, et non une quantité homogène de danger. Une fiche de rappel ne dit pas combien d’exemplaires ont été vendus, combien se trouvent encore chez les consommateurs, combien de personnes ont été exposées ni combien sont tombées malades. Elle peut couvrir un seul produit, plusieurs lots ou de nombreuses références…

Ça fait quand même un paquet de raisons périphériques pour arrêter de ne s’indigner que sur la seule base d’un total.

Lire les chiffres avant de conclure

Les quatre années complètes disponibles tournent autour de 3 000 rappels. À période égale, 2026 est en hausse par rapport à 2025, mais cette hausse se concentre dans les fiches RAPEX et dans une vague de rappels mentionnant la chaîne du froid. Côté RAPEX/Safety Gate, la France y a davantage notifié et dans les données reprises par Alerte-Conso, ces fiches sont présentes dans davantage de catégories et plus tôt dans l’année qu’en 2025.

Je précise que cette impression d’augmentation m’a été exprimée par des journalistes avec qui j’ai pu échanger, ce n’est pas que le fruit de mes interactions sur des réseaux sociaux :)

On peut trouver les chiffres trop élevés, et on peut regretter qu’ils ne diminuent pas. Mais on peut aussi considérer qu’un problème détecté, déclaré puis rendu public vaut mieux qu’un problème resté invisible.

Alors pourquoi cette impression du “toujours plus” ?

On peut être révolté - et on doit l’être - par les drames humains dont certains produits sont la cause, pour ne pas s’assoupir sur une sorte de fatalité.

Mais on ne doit pas se laisser endormir par ce petit tour que nous joue notre cerveau dans cette histoire : plus on entend parler d’un même événement, même s’il ne s’est produit qu’une fois, plus il nous semble se répéter. Dix comptes qui relaient le même rappel dix fois ne rendent pas le rappel dix fois plus fréquent, mais ils le rendent juste dix fois plus présent dans nos têtes (et si j’ajoute des sirènes, les gyrophares et les bébés qui pleurent…).

Alors, sans détenir d’expertise psychologique moi-même, je me dis que c’est probablement ce petit tour de passe-passe mental, plus que les chiffres eux-mêmes, qui alimente ce sentiment de “ça n’arrête pas d’augmenter” et qui explique ce mystère du “toujours plus”.

Les chiffres, regardez toujours les chiffres… Avant l’indignation, avant le jugement, avant la colère si c’est possible.

Sources

Note sur les chiffres

Extraction réalisée par Alerte-Conso le 31 août 2026 à partir des rappels actifs repris depuis RappelConso. La dernière publication disponible datait du 28 août.

La comparaison entre 2025 et 2026 porte sur la période du 1er janvier au 31 août. Les fiches RAPEX sont celles que RappelConso présente comme provenant du système européen Safety Gate.

Les recherches dans Safety Gate ont été effectuées le 1er septembre 2026, puis reproduites le 2 septembre. Pour les totaux européens, aucun filtre de pays, de catégorie ou de risque n’a été appliqué. Les options “Alert type” et “Product user” sont restées sur “All”. Pour les chiffres français, seul le filtre “Notifying country = France” a été ajouté ; le filtre “Country of origin” est resté vide.

La période du 1er janvier au 31 août inclus a été calculée en retirant des résultats publiés depuis le 1er janvier ceux publiés à partir du 1er septembre de la même année. Cette soustraction est volontaire, car la borne “Published until” de Safety Gate exclut la date saisie. En 2026, une recherche arrêtée au 31 août renvoie ainsi 2 499 résultats et laisse de côté les deux alertes publiées ce jour-là, alors que la soustraction 2 514 - 13 donne bien 2 501.

Pour la chaîne du froid, une fiche est comptée lorsque son motif officiel mentionne explicitement “chaîne du froid”, avec ou sans accent, “chaîne de froid” ou “rupture de froid”. Le tableau estival utilise une seconde période, du 1er juin au 28 août, identique pour toutes les années présentées.

Ces nombres comptent des fiches publiées. Ils ne comptent ni les incidents indépendants, ni les produits vendus, ni les personnes exposées.

RAPPEL PRODUIT · SOURCE : RAPPELCONSO

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